Depuis le début de l’année, les annonces de rappel de lots de lait infantile des principaux producteurs (Nestlé, Danone, Lactalis…) se succèdent dans de nombreux pays. Les parents sont légitimement inquiets de ce triste feuilleton, et interrogent leurs crèches. Petit rappel des faits.
Le 5 janvier 2026, le groupe Nestlé engage le rappel de plus de 800 lots de lait infantile, susceptibles d’avoir été contaminés par une toxine. Ces lots ont été produits par plusieurs usines européennes du groupe et distribués dans plus de 60 pays, notamment en France sous les marques Guigoz et Nidal.
Le 17 janvier, les autorités singapouriennes bloquent la distribution de palettes de lait produits par une filiale de Danone. Rapidement, la multinationale doit procéder à plusieurs rappels successifs dans plusieurs pays européens. Plusieurs centaines de lots sont concernés, notamment en Autriche et en Allemagne (sous les marques Aptamil et Milumil). En France, le site officiel Rappel Conso liste 19 références de laits Gallia et Blédilait.
Le 21 janvier, c’est le tour du groupe français Lactalis, pour du lait infantile produit par son usine de Craon (qui avait déjà été affectée en 2017 par une contamination aux salmonelles). En France (et en Polynésie française), le rappel porte sur six lots de la marque Picot. Sont également touchés l’Espagne, des pays d’Amérique latine, l’Australie, la Chine, le Congo, Madagascar…
De plus petits producteurs sont contraints de suivre le mouvement : Hochdorf (marque Bimbosan), Babybio (marques Optima et Capréa), Popote, La marque en moins…
Plusieurs semaines d’incubation
Dès janvier, la presse européenne révèle que la contamination était connue depuis plusieurs semaines quand la crise a éclaté, à la fois de Nestlé et des autorités sanitaires.
On apprend ainsi que Nestlé avait identifié dès novembre la toxine dans son usine de Nunspeet, aux Pays-Bas, mais n’avait informé les autorités néerlandaises que le 9 décembre. Les premiers rappels de laits fabriqués dans cette usine, et distribués en France (sous marque Guigoz) et dans une dizaine d’autres pays européens, datent du 12 décembre. Nestlé indiquera ensuite à un quotidien belge que c’est l’administration autrichienne qui a établi qu’une dizaine d’usines du groupe en Europe sont concernées.
Les autorités sanitaires italiennes avaient pourtant détecté par analyse la toxine dés le 1er décembre, et avaient diffusé cette information via le système d’alerte rapide de l’Union européenne le 12 décembre.
Les autorités françaises confirment la contamination aux alentours de Noël. Un mois plus tard, elles annoncent le retrait de tous les lots qui ont fait l’objet d’une procédure de rappel. Le 25 janvier, la Société française de pédiatrie publie des recommandations et une liste de laits infantiles dépourvus de l’ingrédient incriminé (voir sfpediatrie.com).
Le 2 février, l’agence européenne de sécurité des aliments (EFSA), située à Parme, propose de réduire fortement les deux seuils tolérés (ou « doses normalement admissibles »), applicables aux laits premier âge et deuxième âge. La mesure entraîne de nouveaux rappels. Le ministère de l’agriculture français avait adopté quelques jours auparavant les mêmes seuils.
Gardez les boîtes !
Dès début janvier, l’association européenne de défense des consommateurs Foodwatch révèle l’ampleur de la crise. On trouvera beaucoup d’information sur son site (www.foodwatch.org). Le 29 janvier, l’association annonce porter plainte contre X, conjointement avec huit familles.
Le reproche principal fait aux industriels et aux autorités sanitaires porte sur le« maintien en circulation des denrées », c’est-à-dire sur les délais qui ont séparé l’identification de la contamination, et notamment son signalement par les autorités italiennes, et les ordres de retrait des lots concernés. La question est évidemment pertinente, et a l’immense mérite de ne pas nécessiter à ce stade de démonstration entre contamination et impact sanitaire.
Une autre association, Intox’alim, s’attache à fédérer les parents d’enfants malades, notamment au sein d’un groupe Facebook. Une nouvelle plainte, cette fois de 24 familles (qui seront rapidement 37), est déposée le 10 février. Le 24, l’association dépose au Conseil d’État un référé visant la cellule de crise du ministère de la Santé pour « entrave à la manifestation de la vérité »et irrespect du« droit fondamental à la preuve » : la cellule conseille en effet aux familles de renvoyer au fabricant les boîtes de lait (Nestlé offre des bons d’achat en retour), et demande aux médecins de refuser de tester les selles des enfants. Dans ces conditions, difficile d’établir un lien de causalité.
La vérité est que la France ne dispose pas de laboratoire de référence pour les tests en question, et doit faire appel à l’institut national de santé belge, comme le révèle Radio-France le 13 février. C’est donc son laboratoire (Sciensano) qui, le 27 février, décèle la toxine dans les selles d’un nourrisson hospitalisé au CHU de Montpellier, après avoir consommé du lait Gallia (groupe Danone).
BJ, le 1ermars 2026




