Les presque 35 000 Ti’marmailles de moins de trois ans de La Réunion peuvent être accueillis dans tout un ensemble d’établissements fort variés. Un paysage très original, animé par des acteurs exclusivement locaux, et où dominent les grandes unités et les micro-crèches.
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’île n’est pas sous-équipée en structures d’accueil collectif, comparativement au reste du pays : la base de données de La Marelle recense 367 établissements de tous types, pour 7 445 places. Soit un ratio de 21 places pour 100 enfants de moins de 3 ans, quasiment identique à celui de la France entière. En revanche, La Réunion dispose de deux fois moins d’assistantes maternelles, ce qui plombe son taux global de couverture des besoins : 40 places pour 100 enfants à la Réunion, contre 60 places au niveau national.
La répartition des établissements par taille est moins classique : un premier quart des places est offert par les très grandes crèches (plus de 60 places) et un autre quart par les grandes crèches (de 40 à 59 places). A l’opposé, 30 % des places sont dans les micro-crèches (9 à 12 places). Ce grand écart est encore plus visible si l’on considère le nombre d’établissements : la moitié des places est fournie par les 70 structures le plus importantes, et plus du tiers par les 250 micro-crèches.
La Réunion n’aime pas trop les crèches moyennes ? Pas si sûr. L’examen des adresses montre que nombre de ces micro-crèches sont côte-à-côte, et qu’il a clairement été préféré constituer deux micro-crèches plutôt qu’une seule crèche plus conséquente.
Un secteur associatif dominant
Le secteur associatif est clairement dominant, avec 43 % des places. Avec une grande diversité de situations : petites associations constituées pour une seule micro-crèche ; associations plus ambitieuses qui en gèrent plusieurs, de manière à favoriser les mutualisations (Le manège enchanté, Les bisounours, Roche couleur…) ; et jusqu’au réseau associatif Babyland, créé en 1992, aujourd’hui à la tête d’établissements de toutes tailles, et qui, avec son millier de places, est tout de même le premier opérateur de l’île. En revanche, on notera, avec une certaine surprise, la totale absence des grandes fédérations associatives nationales.
Parce que c’est original et malin, on doit citer ici Les Marionnettes, une « communauté associative » fondée en 1996 qui assure pour ses associations adhérentes des services mutualisés (gestion, restauration, maintenance, informatique…). Elle sert ainsi une quinzaine d’associations réunionnaises et a mis un pied prometteur à Mayotte.
Un secteur public lourdement investi
Les collectivités locales viennent ensuite, avec 30 % des places. Les établissements en question sont les plus importants, même si une petite dizaine de micro-crèches rentrent dans cette catégorie. Les communes de l’île gèrent ainsi un parc tout à fait significatif, et qui représente un effort d’investissement assez considérable, qu’il convient de saluer. Toutes les communes ont désormais au moins un accueil.
Les « solutions de gestion » sont variées. Certaines communes gèrent directement leurs crèches (Saint-André, Saint-Benoît…), d’autres passent par leur CCAS (Saint-Denis, Le Port, Saint-Pierre…). D’autres ont adopté une solution moderne et adaptée aux crèches, encore trop timidement déployée en France : la société publique locale. C’est le cas d’une part pour les communes de Saint-Paul et de Trois-Bassins, d’autre part pour celles du Tampon et d’Entre-Deux. Mais l’accueil des jeunes enfants restent généralement une affaire communale, et les gestions intercommunales restent rares.
Dernière observation : la délégation de service public reste peu employée, à l’exception notable de Saint-Joseph. Nul doute que La Réunion connaitra dans les années à venir l’évolution juridique observée partout ailleurs, et qui a remplacé les conventions d’objectifs de jadis par des contrats plus solides de DSP. Une évolution qui exigera un effort d’adaptation de la part des petites associations, sans forcément menacer leur existence.
Des « porteurs de projets » privés, nombreux, actifs et locaux
Les entreprises proposent les 2 000 places restantes, soit 27 % du parc, principalement grâce à une profusion de micro-crèches (163 !), qui assurent 83 % des places proposées par les entreprises.
Comme pour les associations, les grands groupes nationaux (et même internationaux) sont absents du territoire. Un acteur se détache du lot : le groupe Crèche and go, qui exploite une cinquantaine de micro-crèches et quelques grandes structures (jusqu’à 60 places). Les autres exploitants sont des pme, souvent assez dynamiques pour être à la tête de petits réseaux de 3 à 5 établissements (Ainsi font, Pain d’épices, Beb’éveil…), voire davantage (La fée Clochette, Les petits pas). Une originalité : les micro-crèches bilingues de la sarl Réunion English center.
A côté de ces entreprises classiques (sarl et sas), et dans la catégorie des innovations institutionnelles, il faut citer les deux SCIC (sociétés coopératives d’intérêt collectif) : la SCIC Run Enfance, qui gère la grande crèche de Saint-Paul et une vingtaine de micro-crèches, et la SCIC Ecsper, qui développe des « micro-crèches écologiques ».
Moins de Psu, plus de Paje
Cette répartition a un impact sur les modalités de financement du secteur. Il existe en effet deux possibilités : ou bien le gestionnaire reçoit une subvention de la Caf, appelée Psu pour « prestation de service unique », et applique à la famille un tarif réduit et proportionnel à son quotient familial ; ou bien c’est à la famille que la Caf verse une aide, la « prestation d’accueil du jeune enfant » ou Paje, et le gestionnaire doit alors pratiquer des tarifs plus élevés. En règle générale, la plupart des micro-crèches sont Paje (mais pas toutes), alors que les crèches importantes sont Psu.
A la Réunion, du fait de la structure particulière du parc d’établissements, 70 % des places sont Psu, et 30 % Paje. Une exception dans le paysage national, dans lequel les crèches Psu représentent environ 85 %.
Le patchwork réunionnais
Au total, l’écosystème réunionnais se caractérise par la grande diversité et le dynamisme des acteurs locaux, deux atouts à préserver absolument car très adaptés à la jeunesse de la population et à la densité du territoire. Le « service public de la petite enfance » version réunionnaise devra s’appuyer sur les communes, dont il faut soutenir l’effort d’équipement et le renforcement des capacités de gestion, sur le remarquable tissu associatif, qui devra sans doute se fédérer davantage, sur les entrepreneurs enfin, qui assurent l’équipement du territoire en petites capacités d’accueil et devront résister à la tentation de la concentration. Tous attendent des pouvoirs publics qu’ils facilitent le financement de ce développement et la formation des personnels requis (bon courage…).




